Deal-Trotter veut vous faire gagner de l’argent en voyageant

Permettre demain à tout un chacun de faire son shopping à l’étranger sans se déplacer, c’est l’objectif de Frédéric Piquionne, fondateur de Deal-Trotter. Avec sa startup, cet entrepreneur, d’origine martiniquaise, met en relation des voyageurs avec des personnes souhaitant acheter un bien à l’étranger. Une innovation qui met non seulement en corrélation le transport de marchandises et un système de réseau social, et influerait aussi sur les habitudes de consommation.

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Quel manque venez-vous combler avec votre startup ?

Le démarrage de Deal-Trotter est lié en fait à une expérience personnelle.

Comme beaucoup de jeunes, j’ai fait un voyage à New York (aux Etats-Unis) et mon petit frère – qui aujourd’hui est mon associé sur Deal-Trotter- m’a demandé de lui acheter une paire de baskets. Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une différence de prix entre les produits qu’on peut trouver ici en France métropolitaine et ceux à New York. Et il y avait aussi des modèles qui n’existaient pas en France et qu’on trouvait pléthore à New York. Du coup, en 2014, est née l’idée de Deal-Trotter avec pour vrai fondement de mettre en relation un voyageur avec une personne qui souhaite acheter un produit à l’étranger. Ce sont des expériences qui sont plutôt communes aux voyageurs. Puisque lorsque vous partez dans un endroit, vous avez souvent quelqu’un de votre entourage qui vous demande : « ramène-moi ci, ramène-moi ça ». Nous sommes vraiment partis de ce constat, en se disant qu’il y a quelque chose à exploiter en mettant en relation 2 particuliers et surtout en sécurisant cette relation.

Nous avons réalisé une croissance de 25% entre les mois d’avril et de mai.

La startup entre dans sa 2e année, avez-vous atteint les résultats que vous escomptiez ? Avez-vous pu embaucher ?

La construction de la startup a été faite par étape, c’est-à-dire de façon lean [ndlr :c’est un terme de management inspiré du système de production de Toyota]. Nous avons d’abord construit une communauté. Puis, nous avons mené à bien les premiers deals, les premières transactions et ensuite nous avons embrayé sur le lancement de la société et de l’activité.

La première étape, soit la construction de la communauté et le test du concept, a été réalisée pendant 18 mois. Pour ne rien vous cacher, nous avons travaillé sur Deal-Trotter en parallèle de nos activités respectives, car nous voulions nous assurer d’abord de la solidité du projet, afin de pouvoir lancer le concept de façon beaucoup plus large. En octobre dernier, nous avons quitté nos emplois afin de nous lancer à 100% dans l’aventure, et aujourd’hui je dirais que les premiers objectifs sont remplis puisque nous avons nos premiers utilisateurs payants. Nous avons réalisé une croissance de 25% entre les mois d’avril et de mai, par rapport à un test que nous avons réalisé auprès de bloggeuses. Et puis, nous avons plus 40 % d’augmentation en terme de nombre de produits commandés. Donc le test est concluant. Celui-ci va amener à la sortie prochainement de la plateforme Deal-Trotter, avec dans un premier temps un site web. Puis, d’ici la fin de l’année des applications mobiles. Pour l’instant, nous n’avons pas pu embaucher. Aujourd’hui, nous sommes trois associés : mon petit frère Joël, Ernest Dayang qui est notre directeur technique et moi.

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Quelle est la prochaine étape pour vous ?

Notre prochaine étape sera le lancement officiel de Deal-Trotter. À ce jour, nous fonctionnons de cette manière : vous nous contactez sur Facebook et nous vous mettons en relation avec un voyageur. Nous nous assurons bien sûr par la suite que l’ensemble des marchandises de la commande a été livré. Et nous ramenons nous-mêmes les produits commandés à nos acheteurs. Nous sommes en contact avec des personnes qui voyagent très fréquemment, principalement vers les Etats-Unis. Car, aujourd’hui, la demande se dirige surtout vers les produits américains.

L’étape suivante sera d’augmenter le nombre de pays que l’on peut toucher et ensuite, nous pourrons lancer concrètement le service avec plus d’automatisation, puisqu’à ce jour nous faisons les opérations de façon manuelle.

Avoir un contact direct et physique avec nos acheteurs et acheteuses, c’est aussi une très bonne chose parce que ça nous permet de connaître leurs ressentis et leurs expériences utilisateurs.

Voilà, pour le moment, nous fonctionnons ainsi et plus nous avancerons dans le temps, plus l’adoption sera commune. Ainsi, nous mettrons en contact directement le voyageur et l’acheteur.

Et vous reste-t-il encore des difficultés à pallier ?

Toutes les startup ne lancent pas un service 100% carré, 100% fonctionnel du premier coup. Nous nous impliquons beaucoup dans le service client. J’ai mon téléphone greffé à la main, nos clients peuvent me contacter à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, je réponds à leur message. Demain, l’idée sera de structurer encore plus et de faire en sorte que la qualité du service client soit toujours présente. C’est hyper important pour nous que la mise en relation et l’expérience utilisateur soient toujours meilleures et super intéressantes. Pour vous donner un exemple, l’une de nos clientes a commandé des rouges à lèvres ColourPop sur Amazon, aux Etats-Unis, lundi dernier. Elle va recevoir sa commande ce lundi, soit une semaine plus tard.

Deal-Trotter est accessible dans quel(s) pays ? Est-ce ouvert notamment aux ultramarins ?

Nous sommes capables de trouver des voyageurs partout et aptes à se rendre dans les destinations souhaitées. Nous avons eu récemment une commande venant d’un expatrié français qui habite à Mumbai (en Inde) et qui souhaite recevoir des produits français. Nous avons eu aussi des demandes pour le Canada, en provenance de la Belgique, ou encore des Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe). Je ne vous cache pas que nos clients sont pour la plupart situés en région parisienne. Nous avons aussi des sollicitations de Londres, de Bordeau… ça s’étend petit à petit.

Comment sélectionnez-vous les vendeurs ?

À ce jour, nous démarchons nos vendeurs, c’est-à-dire que nous contactons directement les marques ou les marchands qui correspondent au positionnement de Deal-Trotter. Nous avons un positionnement moyen-haut de gamme sur les produits que nous vendons. Demain, nous souhaiterions que les marchands et les marques puissent nous contacter, et nous demander si nous pourrions mettre en avant leurs produits ou encore les aider à les tester sur tel ou tel marché. Nous sommes ouverts aux propositions des créateurs, des marques venant de partout dans le monde, puisque c’est l’une de nos promesses : pouvoir mettre en contact un acheteur et un voyageur afin qu’il acquière des produits qui n’existent pas sur son marché d’origine ou qu’il peut trouver moins cher ailleurs.

Quel type de voyageurs faut-il être pour être sélectionné comme vendeurs ?

À partir du moment où vous voyagez, c’est intéressant pour nous. Par exemple, quelqu’un qui se rend une fois par an aux Antilles suscite l’intérêt de Deal-Trotter puisque la valeur marchande des produits que l’on peut transporter de la France métropolitaine vers les Antilles équivaut à 1000 euros. En dessous de cette somme, il n’y a pas de franchise douanière. Au-dessus, par contre, il faut déclarer aux douanes les biens transportés et s’acquitter de l’octroi de mer. 1000 euros, c’est une belle somme ! Sur celle-ci, le voyageur va percevoir 10%, soit 100 euros. Et en fonction du moment où vous commandez votre billet ou la période à laquelle vous partez, 100 euros ça peut représenter un quart du prix que vous avez à régler, donc ça reste toujours intéressant.

Lorsque vous arrivez en provenance d’un pays hors de l’Union européenne, vous avez le droit de transporter jusqu’à 430 euros de valeur marchande.

Quels sont les produits les plus demandés ?

Beaucoup de cosmétiques. Énormément. La femme noire utilise des produits spécifiques pour les cheveux, ainsi que du maquillage qui lui est spécialement adapté. Aujourd’hui, l’offre proposée en métropole ne lui correspond pas assez. Alors un bon nombre de nos acheteuses vont s’approvisionner aux Etats-Unis. D’une part, parce que l’offre y est plus importante. D’autre part, parce que les produits sont moins chers. Par exemple, les rouges à lèvres ColourPop dont nous parlions plus tôt sont vendus en France entre 18 et 21 euros, alors qu’ils coûtent en moyenne 6 dollars aux Etats-Unis, c’est juste incroyable. Nos premières clientes sont donc des jeunes femmes qui achètent des cosmétiques et aussi des vêtements et accessoires de mode. Je prends l’exemple de la marque Levi’s, dont les jeans sont à 25 dollars aux Etats-Unis contre 90 euros en France. Une partie de ces éléments fait que nos acheteurs ont aujourd’hui un intérêt à passer leurs commandes auprès de nous. En plus, le service que nous proposons est plus rapide et moins cher que d’autres plateformes de réexpédition. Pour en avoir utilisé, elles ont plusieurs inconvénients comme le fait que lorsqu’une plateforme reçoit votre marchandise et vous l’expédie à votre adresse en France, il y a un risque que la douane retienne votre produit. Il y a également le problème des délais. Je pense à ma cliente, elle n’aurait pas pu recevoir ses rouges à lèvres aussi vite et au même prix que nous lui proposons.

En terme de législation, la France vous pose-t-elle problème concernant le transport de marchandises ?

Non pas du tout, car la France fait partie de l’Union européenne et de l’Espace Schengen. Vous avez une réglementation qui fait que lorsque vous arrivez en provenance d’un pays hors de l’Union européenne, vous avez le droit de transporter jusqu’à 430 euros de valeur marchande. Pour le voyageur, ça équivaut à une prime de 43 euros. Du coup, un voyageur pourrait voyager gratuitement vers Londres, la Suisse, etc, en transportant des marchandises dans l’Union. De plus, il y a d’autres choses à exploiter au sein de l’Union européenne, notamment pour les marques qui peuvent être découvertes ou mises en avant par des vendeurs et acheteurs.

Les Antilles sont des perles. Des perles pour la France, des perles en terme de débouchés économiques et touristiques pour leurs habitants.

En tant qu’entrepreneur, qui plus est d’origine antillaise, quelle est votre vision du tourisme aux Antilles ?

Ma vision du tourisme aux Antilles est vraiment personnelle. Je suis originaire de la Martinique, mes deux parents y sont nés et j’ai passé beaucoup de mes vacances là-bas. De façon générale, je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à exploiter aux Antilles. Après, c’est facile de dire cela quand on est en métropole et pas confronté aux réalités de la vie quotidienne aux Antilles. Je pense que nos îles sont formidables et qu’elles devraient être encore plus découvertes par le monde entier. Le fait qu’aujourd’hui, il y ait de plus en plus de lignes aériennes vers les Etats-Unis, l’Amérique du Sud, c’est une bonne chose, mais ce n’est pas encore assez. Franchement, j’espère que ça va encore plus se développer parce que les Antilles, ce sont des perles. Des perles pour la France, des perles en terme de débouchés économiques et touristiques pour leurs habitants.

Et vous aimeriez y jouer un rôle avec Deal-Trotter ?

Complètement ! Les évènements qu’il y a eu en 2009 m’ont beaucoup touché, parce que j’ai de la famille qui habite aux Antilles, parce que je trouve anormal que le prix d’un yaourt soit plus sucré donc moins bon pour la santé et 3 à 4 fois supérieur au prix vendu en métropole. Donc bien sûr que j’ai envie de jouer un rôle pour la Guadeloupe et la Martinique, de faire en sorte qu’un habitant des Antillais puisse acheter ses produits Zara à des prix « normaux », ses produits chez Nike à des prix abordables et qu’il ait une large gamme de choix. Quand nous avons lancé Deal-Trotter, nous avons évidemment pensé à nos familles aux Antilles et à toutes les choses qu’on a pu ramener dans le passé. (Rires)


Au cours du mois de juin, Deal-Trotter s’est associé à la startup ultramarine Shop-Îles. Le but de cette alliance est de favoriser l’acheminement des colis des habitants des DOM-TOM en provenance des sites marchands de France métropolitaine (tels que Vente-Privée, Cdiscount, Zara). L’entreprise de Frédéric Piquionne servira de solution logistique, en concurrence de La Poste et de DHL. En outre, les commandes émises par les clients de Shop-Îles seront transportées par les voyageurs de Deal-Trotter. Ces derniers pourront toucher une prime allant jusqu’à 100 euros.

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