Former des managers qualifiés : l’ambition de la nouvelle école Vatel à la Réunion

Fréquentation touristique à la hausse, projets hôteliers, nouvelles liaisons aériennes : les voyants touristiques semblent au vert à La Réunion. Dans ce contexte, l’emploi progresse :  l’Observatoire régional du tourisme de l’île, publié en octobre 2017, enregistre une forte croissance des emplois dans ce secteur, avec une hausse de 33,4% entre 2008 et 2016. Au total, 11 239 personnes étaient salariées dans ce secteur en 2016, soit 2 813 emplois de plus qu’en 2008.
Impliqué depuis plus de 20 ans dans la formation en tourisme, le couple Lhuissier a ouvert une école Vatel sur l’île. Leur objectif est clair : contribuer à former les managers du tourisme de demain à la Réunion. La première rentrée s’est déroulée le 26 septembre 2017, la deuxième promotion est attendue pour avril 2018.

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A la tête du Centre Réunionnais d’Entreprise Educative (CREE), centre de formation pour jeunes et adultes dans l’hôtellerie-restauration depuis 1991, Philippe et Ghislaine Lhuissier suivent de près l’évolution du secteur. Ils ont vu passer des générations de candidats désireux de bâtir leur carrière dans cette filière. Et le constat est, selon eux, clair : les entreprises touristiques réunionnaises manquent de managers. “Nous avons contribué au fil des années à mettre sur le marché de l’emploi du personnel opérationnel”, explique Philippe Lhuissier, mais les fonctions cadres demeurent inoccupées. D’où l’envie de proposer, sur l’île, une formation sanctionnée par un diplôme de niveau Bac +3. En effet,  Vatel est présente à Madgascar et Maurice, mais les étudiants réunionnais étaient contraints à déménager. Les premiers contacts informels entre les Lhuissier et l’école ont débuté il y a plus de deux ans, mais “nous n’étions pas pressés”, insiste Philippe Lhuissier. Les choses se sont toutefois accélérées en début d’année 2017. “Nous avons été séduits par leur philosophie et nous avons pensé que l’ouverture d’une telle structure serait opportune pour les étudiants et pour la destination ». Nous avons rencontré Renaud Azema, responsable de la marque sur l’Océan Indien, et six mois plus tard, les premiers élèves étaient accueillis”. La première promotion est constituée de 18 élèves. 

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L’hôtellerie-restauration, un secteur peu attractif

Les étudiants ont-ils une idée claire des métiers qui s’offrent à eux au moment de leur inscription dans les cursus dédiés à l’hôtellerie-restauration ? “Pas du tout” affirme Philippe Lhuissier. Et pour les candidats, une réalité qui peut se révéler difficile : horaires décalés, travail les jours fériés et les week-ends, fatigue physique. La filière peine à attirer et retenir les talents. Les difficultés sont accrues par une mauvaise desserte à La Réunion, qui pénalise les déplacements nocturnes notamment, et par le faible nombre de logements à proximité des lieux de travail. La transition entre la vie familiale, où les étudiants sont souvent couvés, et l’expérience professionnelle est brutale. Fort de son expérience avec le CREE, le co-directeur estime que le taux d’abandon des jeunes en contrat d’apprentissage dans cette branche de métier s’élève de 40 à 50 % : “Ils vont vite rompre leurs contrats et ils repartent de zéro à chaque fois.”

Le système de formation est décalé de la réalité, c’est encore plus vrai dans des secteurs comme l’hôtellerie et la restauration

Un apprentissage sécurisé

Face à cette situation, la formation proposée par Vatel offre, pour ceux qui souhaitent exercer des postes à responsabilités, une alternative. Elle repose sur un rythme soutenu, mais surtout sur une immersion progressive des étudiants en entreprise et un suivi permanent de l’équipe pédagogique. Cette garantie pour les jeunes de ne pas être livrés à eux-mêmes constitue l’une des forces du parcours.

Ainsi, la première année est construite sur un rythme qui alterne cours théorique et temps passé au sein d’un établissement. L’étudiant peut ainsi se familiariser  avec tous les segments de l’hôtellerie : cuisine, étage, hébergement, réception et développer une “une vision globale” avant de se spécialiser. Sur les trois années que propose le parcours, Philippe Lhuissier estime que ce sont presque deux ans qui sont passés en entreprise. Les diplômés obtiennent par conséquent “une expérience professionnelle vraiment validée”.

Mettre les élèves dans la peau des touristes

« Qu’il soit fortuné ou pas, le touriste va où l’expérience lui semble la plus authentique. Quand son interlocuteur partage son vécu, c’est significatif”, souligne le co-directeur de Vatel à La Réunion. C’est donc tout naturellement que l’école va se spécialiser – comme Vatel en offre la possibilité – dans le tourisme expérientiel pour mettre en valeur les richesses du relief de son île. Au programme, des randonnées dans le cirque de Mafate, un projet d’ouverture d’hôtel traditionnel ou un catamaran-école. Ces mises en situations sont aussi une occasion pour le corps enseignant d’évaluer des personnalités et analyser des dynamiques : “Dans l’hôtellerie, c’est très important la solidarité entre les équipes, donc on teste ça aussi.” Tout un programme donc !