Tribune : En matière de tourisme, nos convictions à VTA Magazine

En tant que Directrice d’un média centré sur le tourisme, la position que l’on attend de moi est certainement celle d’une pro tourisme à tout prix. Surprise, ce n’est pas le cas ! Mon équipe et moi partageons ces points de vue énumérés ci-dessous.

Le tourisme ne justifie pas tout.

Le tourisme aux Antilles est le point Godwin : on y arrive toujours à un moment ou un autre. Tout le monde a un avis sur le sujet et dans une conversation banale, même sur le bord d’une route, il y a de grandes chances que quelqu’un mentionne le tourisme et/ou les touristes. C’est quasiment incontournable et cela témoigne certainement de l’intérêt de beaucoup de personnes pour cette thématique. Une grève ? “Oui mais et le tourisme ?” Un évènement “Oui, mais et le tourisme” ? Une subvention ? Même question.
Le risque, toutefois, est que le tourisme devienne un laisser-passer pour justifier toutes sortes d’initiatives et de projets et ce, sans ligne directrice, sans véritablement peser le pour et le contre. Malheureusement, un territoire doit faire des choix et se demander : quel tourisme voulons-nous actuellement, dans 5 ans, dans 10 ans ? Quelle cible voulons-nous attirer ? Quel sera l’impact de tel ou tel projet ? Comment allons-nous le mesurer ? Est-ce que ça crée de l’emploi ?

Et pourtant, tout peut être tourisme

Je vous l’ai déjà dit, plutôt que de parler de tourisme (attirer des visiteurs de loisirs ou en voyage d’affaires sur un territoire), je pense en terme d’attractivité du territoire. Cette notion implique de ne pas seulement penser en termes de “destination” pour des visiteurs de passage, mais en termes de capacité à attirer, retenir, fidéliser les résidents, les investisseurs, les étudiants, les entreprises, les touristes, les artistes etc… Elle est beaucoup plus large.
L’attractivité du territoire passe par des actions pour créer de la notoriété, de la visibilité, de l’envie de venir, de créer, de s’installer. Et dans ce contexte, tout peut devenir un argument ! Un film, un livre, une recette ! Tout devient potentiellement élément d’attractivité.

Le tourisme n’est pas le –seul- secteur qui va sauver les Antilles

C’est un argument récurrent, notamment au niveau politique. Le tourisme serait le seul pan de l’économie en mesure de “sauver” la Martinique et la Guadeloupe. Je n’approuve pas ce message pour deux raisons essentielles :

  • Le tourisme est une activité conjoncturelle, soumise aisément à des aléas : chikungunya, zika, tempête, économie en berne, les menaces sont nombreuses. Mettre tous ses oeufs dans un tel panier me paraît bien risqué.
  • Un territoire durable est un territoire équilibré : la mono-économie suppose la dépendance et avec celle-ci les risques.
  • Les Antilles peuvent parier sur bien d’autres activités économiques qui génèrent du cash et soient utiles à leur développement.

Le développement touristique d’un territoire ne doit pas se faire au détriment du bien-être et de la qualité de vie des résidents.

On en revient quelque peu au premier point mais ceux qui vivent au quotidien sur un territoire doivent être une priorité ! Quand un territoire se préoccupe de tourisme, mais est incapable d’assurer une certaine qualité en matière de santé, d’éducation, d’environnement, de social, de sécurité à sa population, n’est-ce pas alarmant ? Les Antilles ne devraient-elles pas encourager les initiatives dans tous ces secteurs ? Et ce, d’autant plus avec le numérique : e-santé (hello La Réunion !), agriculture, etc…
Si une population diminue, notamment parce qu’elle fuit son territoire d’origine, mais qu’à l’inverse, toutes les politiques publiques sont tournées vers la capacité à attirer des visiteurs de passage, il y a à mon sens un problème. En ce moment, Rome, Barcelone, Ibiza, l’Islande pour ne citer qu’elles, se retrouvent à gérer des problèmes dus au tourisme de masse en particulier.

Tourisme et développement durable ne sont pas incompatibles.

Qui n’a pas déjà vu/entendu un reportage sur le Costa Rica et ses efforts en matière de durabilité ? Qui ne s’est jamais outré des véhicules à l’abandon, des plages sales, des poubelles débordantes que l’on voit aux Antilles ? Qui n’a jamais partagé une photo de la ponte des tortues sur nos plages ? L’écologie est partout. Et d’autant plus dans des territoires fragiles comme les Antilles. Le développement touristique ne doit pas primer sur l’environnement naturel car l’environnement naturel participe au tourisme.

Nous sommes bien sûr à votre disposition pour en discuter.