Tribune / 10 ans d’analyse du secteur touristique, un constat amer

Cela fait maintenant une dizaine d’années que j’observe le secteur touristique antillais. J’y évolue professionnellement de manière plus récente. Je côtoie les professionnels, je les écoute, je dissèque leurs approches, j’en conseille même certains.

Après 10 ans, j’en arrive à la conclusion que ce secteur a certes des failles, qu’il en est conscient, mais qu’il ne cherche absolument pas à les combler de manière efficace et pragmatique.

Je suis de plus en plus persuadée, très cyniquement, que le secteur touristique refuse, sciemment, de trouver de véritables solutions à ses problèmes. Il est gangrené par les discours incantatoires, les postures politiques et les vœux pieux. En revanche, on y voit peu de feuilles de routes claires avec des objectifs précis, des moyens (financiers, humains, techniques), des échéances à respecter et la mesure des résultats. Des réunions ? Oui. Des comités de pilotage ? Oui. Des commissions ? Bien sûr que oui ! Des constats ? Oui. Des résultats ? Pardon, je ne vous ai pas entendu, je passais sous un pont, pouvez-vous répéter ?

Ce dont les Antilles ne manquent pas en matière de tourisme, c’est de la bonne volonté ! En revanche, au moment de la mise en œuvre et du suivi des chantiers….

Certes, il y a eu des avancées dans certains domaines et les indicateurs touristiques sont encourageants (fréquentation touristique, desserte aérienne, etc.). Mais, cela fait 10 ans que certaines choses paraissent immuables :

  • J’entends que le problème majeur de l’hôtellerie aux Antilles Françaises c’est la compétitivité ;
  • J’entends qu’il manque des chiffres dans le secteur pour étayer les études de marché, les décisions prises et les stratégies de développement
  • J’entends que les employés du tourisme manquent de formation (langues étrangères, techniques de vente, etc.)
  • J’entends que le tourisme peut massivement générer des emplois
  • J’entends que les croisiéristes ne dépensent pas assez quand ils débarquent des bateaux
  • J’entends que les horaires des commerces ne sont pas adaptés aux arrivées de navires
  • J’entends que les Antilles Françaises ont un problème de notoriété et d’image à l’international, avec pour résultat le plus visible un marché émetteur principalement hexagonal
  • J’entends que l’offre mérite d’être structurée
  • J’entends que la gastronomie, le tourisme culturel, le tourisme bleu, le tourisme sportif, le tourisme médical, le tourisme haut de gamme, ajoutez ce que bon vous semble, ont du « potentiel ». Or, nous sommes visiblement incapables de passer du potentiel à la pleine réalisation.
  • J’entends que la filière hôtellerie-restauration peine à recruter et fidéliser
  • J’entends les élus renvoyer la faute aux acteurs privés qui renvoient aux acteurs institutionnels.

Y a-t-il véritablement volonté de changement ? Après 10 ans, j’en doute. Naïvement, je crois qu’en une décennie, on aurait déjà pu apporter des réponses à ces constats. 

Parfois, je renvoie aux services de mon cabinet (et certains professionnels y ont recours). Parfois, je souris. Parfois, je lève les yeux au ciel. Mais, j’y prête de moins en moins une oreille attentive et sérieuse. Je me demande si le constat sera le même dans 10 ans.

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