Snapchat : le prochain outil pour promouvoir les Antilles ?

Faire un « snap », visionner une « story », utiliser un filtre. Des gestes qui font partie du quotidien de certains utilisateurs de smartphones. Snapchat, une application de partage de photos et de vidéos, passionne 150 millions de personnes chaque jour à travers le monde. Ses caractéristiques ? Des publications éphémères et la possibilité d’indiquer sa position géographique grâce à des « filtres » (Geofilters). Les Antilles n’échappent pas à cette frénésie…Une quinzaine de filtres leur sont dédiés sur l’application.

Difficile pendant les grandes vacances de passer à côté de ces visuels singuliers sur les photos de nombreux vacanciers.

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De Pointe-à-Pitre en Guadeloupe à la plage des Salines en Martinique, ces images connues sous le nom de filtres géolocalisés (Geofilters) – qui ont été lancés en juin 2014 par Snapchat –  font fureur chez les utilisateurs de l’application.

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Créé en 2011 par l’entrepreneur américain Evan Spiegel, Snapchat permet de mettre en ligne des photos et vidéos. Très prisé par les jeunes (71% des usagers ont moins de 25 ans), le réseau au petit fantôme jaune encourage sur son site : « les artistes et les designers à créer et à soumettre des Geofilters gratuits pour leur ville, leur université, un site touristique ou tout autre endroit public ». Une opportunité que n’ont pas manqué de saisir des Antillais.

« J’ai créé 14 filtres en tout pour la Martinique et seulement 5 ont été retenus », raconte Carol, 23 ans. Cette jeune designer d’espace est à l’origine des filtres Fort-de-France, Les Salines (texte en jaune), l’Aéroport Aimé Césaire, la Montagne Pelée et l’Université des Antilles. « Snapchat s’attache au fait que le filtre soit attrayant et que les gens auront envie de l’utiliser, si le lieu ne leur parait pas important et si le visuel ne leur convient pas, ils le refusent », explique-t-elle. Nul besoin de se trouver physiquement en Martinique pour soumettre un Geofilter, il suffit de choisir la localisation sur une carte disponible sur le site. En revanche, il faut être sur le lieu concerné pour utiliser les filtres de localisation. Nuance.

Promouvoir la Guadeloupe et la Martinique

Créer un filtre, c’est une idée qui trottait dans l’esprit de Maëlle depuis un moment.

Je voulais que la Martinique soit reconnue et puisse avoir ses filtres, et qu’ils puissent être utilisés par les touristes pour immortaliser leurs vacances

révèle cette étudiante de 21 ans en communication visuelle. Motivée par la demande massive sur les réseaux sociaux d’un « filtre Martinique », elle est passée à l’action et a conçu le premier dédié à l’île, ainsi que celui de la commune des Anses d’Arlet.

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                                                               ©Filtre Maëlle

Promouvoir son île, c’était aussi l’envie de Manuel. Cet étudiant en BTS Communication de 19 ans a créé un filtre pour la plage des Salines en Martinique (bleu avec un cocotier).

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                                                                ©Filtre de Manuel

Du côté de la Guadeloupe, Nytia a créé le premier filtre dédié à l’ensemble de l’île.

Je trouvais ça dommage qu’il n’y ait pas de filtre. Nous sommes une petite île alors j’ai l’impression que l’utilisation des réseaux sociaux est multipliée par 10

souligne cette graphiste âgée de 27 ans. Les Antilles doivent aussi tirer leur épingle du jeu de ce réseau comme des grandes villes de la France Hexagonale. « Je vis durant l’année à Toulouse et les filtres sont très nombreux entre les universités, les écoles, les quartiers, les parcs et même les ronds-points ! », renchérit Carol.

Fort de leur sensibilité artistique, ces jeunes Antillais se sont aussi attaché à parsemer leurs filtres de signes propres à leurs îles. Ainsi le filtre Guadeloupe de Nytia comporte un raton-laveur et un colibri, des animaux emblématiques de l’île et une référence à son surnom : « l’île aux belles eaux ». Maëlle a choisi pour son filtre des fleurs symboliques de la Martinique, connue pour être appelée « l’île aux belles fleurs » : le balisier et l’anthurium. Carol fait le choix de la simplicité, qui selon elle fonctionne le mieux pour Snapchat. « Par exemple pour la Montagne Pelée, la couleur dominante du paysage étant le vert comme la végétation, j’ai choisi un filtre rouge, car c’est une couleur complémentaire au vert. Après je laisse mon imagination s’exprimer », explique-t-elle.

Un impact sur le tourisme ?

« Il faut prendre en compte le nombre de personnes qui utilisent Snapchat, dont les touristes, les célébrités et les personnes influentes sur les réseaux sociaux », souligne Carol. Si la photo d’une plage fait rêver, une avec filtre aussi ? « La sortie d’un nouveau filtre suscite souvent l’envie de l’essayer, d’explorer un lieu, de le faire partager », assure Maëlle. Partager de (belles) images avec une communauté d’internautes, c’est possible avec Instagram et Pinterest. Snapchat va plus loin : avec les filtres, les snappeurs font savoir au reste de la communauté où ils se situent à travers des visuels attractifs. Les internautes participent ainsi à la promotion des paysages explorés qu’ils mettent en scène.

« Quand Maître Gims est venu en concert en Guadeloupe, il s’est pris en photo avec mon filtre et l’a publié sur Facebook », rappelle Nytia. Une publication qui a permis de faire découvrir la Guadeloupe à des fans du chanteur qui – même en France hexagonale – ne savent pas où se situent la Guadeloupe sur une carte.

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    ©Filtre de Nytia

S’ils n’obtiennent pas de contreparties financières et n’ont aucune vue sur l’utilisation de leurs filtres, ces créateurs de Geofilters sont fiers de participer au rayonnement de leurs îles sur ce réseau. « J’ai reçu de nombreuses propositions de travail grâce à cela », avoue aussi Maëlle.

Pour l’heure, les acteurs du tourisme antillais ne semblent pas encore avoir pris la mesure de Snapchat, par manque d’information, de ressources ou par désintérêt.

Un outil pour toucher la cible « jeune »

Si les particuliers ont tendance à partager des moments de leur quotidien ou visionner les contenus publiés par des célébrités qu’ils suivent, les marques tentent de profiter de Snapchat pour se forger une nouvelle communauté, plus jeune (principalement de de 18 à 34 ans). Par exemple, via son compte Snapchat, la compagnie AlloResto, spécialiste de la « restauration livrée » à domicile en France converse avec ses abonnés sur un ton décalé et utilise des réponses personnalisés pour répondre aux demandes des internautes.

De plus, au-delà des Geofilters conçus par des particuliers, Snapchat propose une offre plus attrayante aux professionnels : les filtres à la demande (« On-demand »). « Les entreprises et les personnes peuvent acheter des Geofilters à la demande pour un événement, leur entreprise ou un endroit spécifique. Les logos des marques et les marques déposées sont autorisés », détaille le réseau sur son site.

Ainsi des événements comme le Tour de Martinique des Yoles Rondes ou le carnaval pourraient faire l’objet de filtres et voire être sponsorisés par des marques. « Il faut payer l’équivalent de 5$ de l’heure pour couvrir une surface de 20 000m² », explique Carol qui avait envisagé de créer un filtre pour le Tour des Yoles rondes 2016. Manuel avait même songé à contacter « la CTM et l’Office du tourisme de Martinique (le Comité Martiniquais du Tourisme, NDLR) pour financer un filtre », consacré à l’événement sportif majeur de l’île.

Chaque jour, la rubrique « Stories » de Snapchat permet à ses usagers de visionner des photos et des vidéos autour de ces filtres sponsorisés. Au sein de celle-ci, ils ont accès aux contenus premium de Snapchat, à savoir : « Discover », « Live Stories » et « Local Stories ». Des publicités de formats différents sont diffusées au sein de ces contenus. En s’immisçant au cœur de la Fashion Week de Paris au Festival de Coachella aux États-Unis et en passant par un mariage, des annonceurs ont déjà ajouté Snapchat à leur éventail commercial. Des filtres personnalisés et des filtres animés à ajouter à vos selfies (des sponsored lenses), à l’instar de la compagnie Warner Bros pour promouvoir ses nouveaux films, sont également accessibles en quelques clics.

Un moyen de s’accorder davantage de visibilité auprès d’une cible qui n’est pas toujours réceptive aux moyens promotionnels classiques. Mais si ces filtres à la demande sont disponibles en France hexagonale, la zone géographique des Antilles n’y a pas encore accès. « J’ai contacté Snapchat pour leur demander quand ce serait débloqué, ils m’ont répondu qu’ils y veilleraient et qu’ils me remerciaient pour la confiance que je leur porte, depuis, je n’ai pas encore eu de nouvelles… », déplore Maëlle.

En attendant, Snapchat poursuit son ascension dans le monde des réseaux sociaux. La start-up californienne vient de se rebaptiser Snapchat Inc. et prépare l’arrivée de Spectacles, ses premières lunettes connectées. Chaque jour, l’application au petit fantôme jaune séduit 8 millions d’utilisateurs en France. Les Antilles vont-elles mettre en place une stratégie concertée pour en profiter ?

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                                                         ©Filtre de Carol

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