« La priorité, c’est l’aérien », Patrice Fabre, Karibéa

Quelques semaines après l’annonce officielle d’un changement à la tête des hôtels Karibea, Patrice Fabre, président du Groupe Fabre-Domergue, nous a accordé un entretien. Karibea regroupe 10 établissements, soit environ 3000 lits, en Martinique et en Guadeloupe.

Vous avez entamé d’importants travaux de rénovation en 2015, où en êtes-vous ?
Les travaux ont été beaucoup plus longs que prévus. Nos sites n’étaient pas prêts pour la haute saison, nous avons été forcés d’accueillir les clients au milieu de la poussière et des ouvriers. Ce n’est jamais une bonne chose. On en a bavé cette saison, mais nous sommes désormais prêts. Le Salako, en Guadeloupe, vient d’être livré ; les Amandiers seront bientôt terminés. C’est positif et favorable.

Quels sont vos objectifs pour les prochains mois ?
On veut faire de la qualité, offrir un produit correct. Nous souhaitons améliorer l’accueil et la satisfaction des clients. Aujourd’hui, nos taux de satisfaction sont globalement bons, mais on a à la marge des éléments à améliorer.

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C’est-à-dire ?
Il faut par exemple qu’on améliore les literies, l’état des chambres. Il faut qu’au niveau des menus on soit en mesure de proposer plus de produits locaux. Nous avons fait de la formation pendant la fermeture : nos collaborateurs ont suivi plus de 5 mois de formation en accueil, langues étrangères, informatique…

Nous investissons aussi beaucoup dans le wifi parce qu’aujourd’hui, on galère sur ce point. Les opérateurs nous vendent une puissance, mais la réalité ne correspond pas à ce qui est promis. Résultat, nos clients se plaignent. On essaie de trouver des solutions pérennes pour qu’ils soient contents.

Le dialogue social est-il apaisé à Karibea ?
J’espère. On a besoin de sérénité. Les deux parties, salariale et patronale, font tout pour. Il peut toujours y avoir des incompréhensions, mais je suis disponible et j’essaie de répondre à toutes les interrogations et demandes. Ca ne signifie pas que je dis oui à tout, mais je fais tout pour être à l’écoute et échanger.

Y a-t-il un système d’incentive pour les employés ? Quand la saison se passe bien, est-ce que cela signifie quelque chose pour eux ?
Oui, nous avons mis en place un système d’intéressement avec des critères objectifs prédéfinis. On a des primes basées sur l’augmentation du chiffre d’affaires, sur l’amélioration de la rentabilité ou de la qualité de l’accueil. A partir du moment où on fait une bonne saison, il y a un impact immédiat.

Y a-t-il un plafond pour ces primes ?
Non mais on est dans un contexte difficile, il n’y a pas de révolution, on ne peut pas tout changer en un claquement de doigts. Je trouve important qu’on puisse améliorer les revenus de nos salariés dès lorsque notre activité va mieux. J’ai même eu l’idée de proposer à mes salariés de devenir actionnaires, mais ça n’accroche pas. Tout le monde serait gagnant, en tout cas, moi je le serais.

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Est-ce qu’on a aujourd’hui assez de chambres d’hôtels en Martinique et en Guadeloupe ?
Du 15 janvier au 15 mars, il n’y a pas assez de chambres d’hôtels. Le reste de l’année, il y en a trop

Le volume de sièges disponibles au départ de Paris est élevé du 15 décembre au 31 mars mais très insuffisant le reste de l’année.

C’est la raison pour laquelle la location entre particuliers se développe ?
En partie. C’est un phénomène qui se développe partout dans le monde et ça va continuer. Pour moi, il faut de tout. Une destination touristique doit proposer des hôtels, des résidences, des gîtes, des villas, des appartements. C’est un ensemble. Le problème est que l’offre est de plus en plus fragmentée, donc il y a plus de compétition entre les différentes formes d’hébergement. C’est la raison pour laquelle les chiffres de l’aéroport augmentent, mais les hébergeurs professionnels ne voient pas toujours plus de touristes.

Votre société a-t-elle vocation à s’implanter sur d’autres marchés ?
Mon objectif dans l’immédiat est plutôt de retrouver la rentabilité. Il faut redevenir rentables sur nos établissements actuels avant de penser à ailleurs. On a de l’ordre à mettre, des progrès à faire, on est en train d’évoluer.

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Pour vous, quels sont les chantiers prioritaires des autorités touristiques ?
Pour la Martinique, le principal dossier est l’aérien. Il y a moins de sièges aujourd’hui que quand j’ai débuté dans le tourisme. La question c’est comment avoir de nouvelles lignes aériennes notamment en basse saison. Quelle est la stratégie mise en place pour désenclaver la Martinique sur le plan aérien ?

Le volume annuel de sièges aériens au départ de Paris est moins important qu’il y a 20 ans.

Vous savez, pour nous, la basse saison c’est d’avril à novembre, c’est quasiment toute l’année ! Et nos hôtels sont ouverts 12 mois sur 12 donc il y a deux choix : soit on a des salariés seulement une partie de l’année, ce n’est pas possible ; soit il faut des clients toute l’année et pour ça, il faut des avions. 2014 et 2015 ont été catastrophiques en nombre de sièges et les tarifs se sont envolés. En 2016, on est revenu au niveau de 2013, c’est positif.

Lorsque j’ai débuté dans le métier il y a 20 ans mes hôtels étaient rentables et la période de forte activité durait 7 à 8 mois par an. J’ai constaté un rétrécissement de la période de haute activité à partir de 2010, ce qui affecte  la rentabilité des structures. En basse saison, nous avons moins de clients et des tarifs en forte baisse. Les résidents ne sont pas suffisants pour rentabiliser.

La Guadeloupe a fait beaucoup de publicité sur les 5 ou 6 dernières années, elle bénéficie de plus de lignes aériennes que la Martinique.

Le plus beau site de la Martinique, l’ancien emplacement du Kalenda, est fermé depuis 2006. Il y a quand même un problème. C’est incompréhensible. Il faut arrêter les effets d’annonce.

De plus en plus de jeunes entreprises veulent proposer des produits innovants aux hôteliers. On peut vous contacter ?
Oui, bien sûr.

L’île est-elle attractive aujourd’hui pour les investisseurs touristiques ?
Non, sinon les grands investisseurs locaux se seraient déjà positionnés. Il faut arrêter de faire des annonces sur des projets qui ne sortent pas parce qu’ils ne sont pas rentables. La communication est essentielle et il faut éviter de se flageller (zika … ).

Pour être attractif, il faut des hôtels rénovés, des clients toute l’année, une politique d’animation, de formation pour l’encadrement et la mise en réseau de l’offre d’animation et de restauration existante. En somme, il fait un plan global et coordonné.

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