Petit cocotier : au delà d’un panier, une autre façon de penser et de consommer

Nous sommes allées à la rencontre de Petit Cocotier, une « jeune » start up qui propose des paniers de fruits et légumes sains et locaux, qu’ils livrent en point relais, à domicile ou au bureau.. Nous avons été reçues par Cédric Colman, co-fondateur, qui a accepté de répondre à nos questions sur Petit Cocotier mais aussi sa vision de l’agriculture en Martinique.

Petit cocotier : Une histoire familiale de 4 générations !

Installés sur une ferme agricole de 15 hectares au Morne Rouge, Sébastien et André-Judes Cadasse sont la 4ème génération de leur famille d’agriculteurs. Lorsqu’il reprend la ferme familiale en 2013-2014, Sébastien a des idées assez claires : il ne souhaite pas passer par des circuits de distributions traditionnels et souhaite valoriser ses produits à travers les circuits courts.

Il débute donc au marché du Carbet où il rencontre une clientèle fidèle et curieuse désirant visiter le terrain à l’origine de ses produits : les visites à la ferme démarrent. Une forme d’AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) se crée auprès d’une petite communauté, Green Symbiose.  Les principes fondamentaux y sont respectés : la relation étroite avec les producteurs, et la récupération des produits à la ferme.

Toutefois, après près de deux ans de fonctionnement, une partie de la communauté de consommateur déménage du Carbet. Il devient donc plus difficile pour Sébastien d’écouler ses produits en direct. André-Judes décide alors de mettre en place les points relais, et les paniers Petit Cocotier.

Alors qu’André-Judes s’occupe de trouver les points relais et d’organiser la logistique, c’est là qu’entre en scène, Cédric, ami de longue date des deux hommes, pour travailler sur la partie Markteing. Il travaillera d’abord à distance pendant près d’un an, avant de faire son retour en Martinique en 2017.  Ils sont ensuite rejoints par Coraline ingénieure qui s’assure que tous les projets soient menés à bien. Cette année ils ont décidé d’agrandir l’équipe en accueillant des étudiants en alternance qui partagent leurs valeurs.  

Le concept de panier : de la fourche à la fourchette, de la ferme à l’assiette.

« Petit cocotier c’est une équipe de jeunes martiniquais qui oeuvre chaque jour pour aider les martiniquais à mieux manger, en leur facilitant l’accès à des fruits à des légumes, à des oeufs, à des produits fermiers cultivés localement, sans pesticides, sur un sol sain en valorisant la biodiversité », résume Cédric. 

Volonté première d’André-Judes, le principe du panier permet d’opérer en circuit-court hors des systèmes de distribution traditionnels. Une fois commandé en ligne, le panier peut ensuite être retiré chaque semaine dans un point relais choisi par le client. Il existe à l’heure actuelle une vingtaine de lieux de retrait sur toute l’île.

Deux formules sont proposées à ce jour : le panier équilibre et le panier spécial smoothies.

Les produits qui y sont intégrés proviennent d’une quinzaine d’agriculteurs de Martinique. Ces derniers sont essentiellement situés dans le nord de l’île, quelques un pour les melons notamment, sont présents dans le sud. Selon les semaines, 30 à 60% des produits que l’on retrouve dans les paniers proviennent de la ferme Petit Cocotier du Morne Rouge.

Une véritable communauté de followers

Aimé par plus de 14k personnes sur Facebook et près de 4K sur Instagram, Petit Cocotier a fait le choix d’aller plus loin que les paniers en proposant des évènements aux membres de leur tribu. 

« […] On ressent qu’on a une vraie communauté, nos évènements sont souvent complets et, même en visio, pendant le confinement, les gens ont répondu présents. […] On a du vrai soutien et des messages de remerciements, et ça fait un bien fou.  […] »

« On essaie de développer avec les professionnels notamment les chefs, la réappropriation des produits locaux. Qu’est ce qu’on peut faire, créer, à partir des produits des paniers, pour passer de bons moments en familles ou entre amis autour d’un bon repas. […]» précise Cédric. Avec le chef Yadji Zami du Galanga Fish bar, par exemple, ils mettent en place des recettes originales, autour d’un produit phare comme la patate douce lors de l’évènement  « Parlons peu, mangeons bien ».

Contre le gaspillage alimentaire, ils ont participé à l’édition du disco soup en fournissant des légumes pour la préparation de plats.
« Les RDV physiques sont primordiaux, à travers nos rencontres culinaires, visites à la ferme […]  c’est important de montrer ce que l’on fait et de créer des moments d’échanges […]  Le digital donne des possibilités folles et formidables mais le lien physique est très important. […] »

Aller plus loin pour l’agriculture de demain : le manifeste

 L’engagement de Petit Cocotier va plus loin que les paniers et leur communauté, ils souhaitent mener une réflexion plus large sur l’agriculture en Martinique. Ainsi, en mai dernier, l’entreprise publie un manifeste avec 5 axes/ objectifs :
– respecter de la terre
– soutenir les producteurs
– valoriser la biodiversité tropicale
– promouvoir une alimentation saine et savoureuse
– cultiver demain

« Le manifeste c’est ce que l’on veut pour la Martinique. Un des buts du manifeste est de déboucher sur un label d’agriculture biologique adapté aux spécificités locales. On pense être capables de prouver que l’on sait bien travailler. Il y aura évidemment un cahier des charges mais pour la certification, nous aurons recours à des collèges de consommateurs, collèges de producteurs et des associations. Le manifeste est venu d’un ressenti de ce que l’on pense, ce que l’on aimerait et une invitation à la discussion. […]  » Explique Cédric.

 La réflexion porte aussi sur la formation et promotion du métier d’agriculteur, Sébastien étant lui même formateur, dans le pilier de penser demain il est prévu d’aborder également cette question.« Le modèle que l’on prône permet de diversifier de petites fermes avec moins de mécanisation et un besoin plus important en mains d’oeuvre

Et après ? Ils ont pensé à un développement en trois temps. Dans un premier temps, il conviendra d’éprouver le label à la ferme du Morne Rouge. Puis, dans un deuxième temps, auprès des producteurs partenaires, enfin, dans un troisième temps à tout ceux qui le souhaitent. « Le but c’est que tout le monde mange bien ici en Martinique, donc nous sommes ouverts à la discussion. […] »

Les premiers échanges Terratoumo autour de ce manifeste du même nom, ont eu lieu en juillet au cours d’une séance d’intelligence collective sur les pollinisateurs. Cédric raconte : « […] Le fil conducteur était les pollinisateurs locaux : abeilles, vonvons, papillons et fourmis. On a souhaité commencer par parler des pollinisateurs pour exprimer l’importance de travailler en bonne intelligence avec la nature et l’écosystème, en étant en coconstruction plutôt qu’en prédation et extraction. […] Il y avait 20 personnes, 4 tables avec un modérateur par table. Les gens étaient motivés, c’était cool de les voir rebondir, échanger, s’impliquer. On organisera plus régulièrement des rencontres de ce type. […]»

La vision de l’agriculture en Martinique dans le contexte actuel :

Le confinement a vu la multiplication d’initiatives permettant de pallier aux habitudes d’approvisionnements traditionnels.

Pour Petit Cocotier, les ventes ont été multipliées par plus du double.  Néanmoins cette crise a mis en avant pour Cédric un problème : le manque de producteurs.
« Les 2/3 des fruits et légumes consommés en Martinique sont importé. C’est un vrai problème, il y a besoin d’un changement profond, le but c’est la souveraineté alimentaire dans toutes ses dimensions. La banane et la canne représentent 40% des terres agricoles. […] il manque un projet et une vision globale, les systèmes agricoles ne sont pas pensés pour nourrir la population, on est dans des schémas de monocultures hérités du colonialisme. […] »

Toutefois, il note des signes d’amélioration : « Je sens un regain d’intérêt pour les productions locales, elles sont réappropriées par des chefs qui font de nouvelles recettes.   Beaucoup de concept de restauration émergent par de jeunes chefs qui sont dans la même optique que nous, manger bien et manger bon, avec un bon dynamisme sur les réseaux sociaux, ce sont de bons signaux. »
Mais il y a encore du travail à fournir au niveau collectif et plus global : « Le terroir c’est une force, je ne sais pas si on l’a compris mais sur les sujets où nous évoluons à Petit Cocotier : l’agriculture, les arts de la table et l’écologie, ce sont des leviers pour un développement économique, social et sociétal qui peuvent être dingues s’ils sont bien portés. On a la chance de pouvoir agir dessus concrètement et cela pourrait nous permettre de rayonner, […] il faut avoir notre idée de la gastronomie ».

Pour en savoir plus sur le manifeste, c’est ici.
Pour découvrir Petit Cocotier et commander vos paniers, c’est .

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