Transport en Martinique : quel(s) projet(s) de territoire ?

La Martinique est un territoire de 1100km2 où la voiture est le moyen de locomotion le plus utilisé. Certes, il existe des transports alternatifs tels que les taxis collectifs, les bus, les navettes maritimes le TCSP mais le maillage de l’offre (centralisation marquée dans l’agglomération foyalaise, inter-modalité limitée, etc.) ainsi que son mode de fonctionnement (horaires, etc.) n’est pas assez solide pour être pleinement attractive. Par exemple, le TCSP comporte 13,9 km avec deux lignes : Pointe Simon/Mahault. La dernière liaison maritime entre l’Anse-Mitan (Trois-Ilets) et Fort-de-France le samedi est à 16h.

Au total, 1 100 381 déplacements ont lieu chaque jour sur l’île selon l’INSEE et l’Observatoire Territorial des Transports de Martinique (O2TM). Les automobilistes sont, au quotidien, confrontés à d’importants embouteillages sur les principaux axes routiers : les Martiniquais réalisent 7 km en moyenne par déplacement mais ils consacrent 1h07 chaque jour aux déplacements.

Faiblesse du transport = faiblesse du développement ?

Le transport a des impacts à plusieurs niveaux : sur la qualité de vie des résidents d’abord, puisque des spécialistes estiment que les embouteillages « créent du stress et influent sur les relations à l’autre » ; mais aussi sur la vie économique et sociale.

Difficile pour les noctambules de sortir le soir sans voiture individuelle. Difficile pour les visiteurs n’ayant pas le permis de visiter la destination, même s’il faut souligner le fait que le TCSP inclut un arrêt à l’aéroport. Difficile aussi pour les entreprises de s’éloigner des principaux axes desservis par les transports en commun. Ainsi, 60 % des emplois sont concentrés sur la CACEM (Schœlcher, Fort-de-France, Le Lamentin, Saint-Joseph). Les métiers aux horaires décalés (hôtellerie, restauration, santé, etc.) peuvent être pénalisés sans moyen de transport fiable.
En fait, sur un territoire de 1100km2, se déplacer aisément de Grand-Rivière à l’extrême Nord jusqu’à Sainte-Anne, à l’extrême Sud, peut relever du défi en fonction du type de transport choisi ou de l’heure à laquelle on se lance dans cette aventure.

Les Martiniquais attendent particulièrement des actions dans le secteur des transports : 59% affirment ne jamais utiliser les transports en commun ; 71% se disent insatisfaits des prestations des transports en commun (principalement, en raison de l’organisation, des horaires et des attentes), Madininair

Un Schéma Territorial des Infrastructures Routières de la Martinique (STIRM) en cours

Un cabinet spécialisé a été retenu par la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) pour l’accompagner dans l’élaboration d’un Schéma Territorial des Infrastructures Routières (STIRM). Ce STIRM s’étalera sur une période de 20 ans : 2017-2037. Celui-ci a notamment pour objectifs :

  • d’assurer un meilleur écoulement du trafic et diminuer les temps de parcours sur les axes les plus circulés de l’île et améliorer l’accessibilité
  • d’accompagner fortement le développement économique et social du territoire et assurer la valorisation des itinéraires revêtant un intérêt touristique.
  • prendre en compte le développement durable.
  • proposer une nouvelle hiérarchisation du réseau RN&RD et oeuvrer pour une organisation des déplacements sur les infrastructures routières qui concilient transports publics (TCSP notamment et taxi collectifs, etc.)
  • améliorer significativement la sécurité du réseau routier et protéger le réseau et les riverains contre les risques naturels,
  • veiller à la bonne exploitation et gestion des réseaux routiers RN&RD et proposer une information routière et un service optimisés à l’usager
  • s’assurer de la compatibilité du programme d’opérations avec les moyens budgétaires en optimisant la hiérarchisation des investissements
  • assurer la cohérence entre les démarches d’aménagement du territoire et d’urbanisme et celle des déplacements.

Les projets sur la table

En attendant, des projets d’équipements de transports ont déjà été évoqués de manière plus ou moins aboutie. Les mettre côte à côte permet de les rappeler à la mémoire du plus grand nombre, de les comparer et d’en suivre l’évolution :

  • « La Grande Dorsale »: un projet porté par Vinci Construction. Il s’agit d’une autoroute transMartinique hors des zones occupées, qui relierait le sud et le nord par son centre, avec des échangeurs reliés au réseau existant. La promesse : le Morne-Rouge à 15 minutes du Lamentin. Le projet est soutenu par Contact-Entreprises.

  • « Le Pont du Littoral » : un pont reliant Rivière-Salée à Fort-de-France proposé par Yann Monplaisir en 2015, lors des élections à la CTM.
  • L’extension du TCSP : elle est envisagée vers le Nord Caraïbe (Schœlcher et l’Université), le Centre-Atlantique (Robert-Trinité) et vers le Sud (Rivière-Salée).
  • Un transport par câbles entre Fort-de-France et Schoelcher: une étude de faisabilité a été lancée par la CTM pour évaluer le potentiel de réalisation d’un téléphérique. La République Dominicaine en possède un et un projet similaire devrait voir le jour à la Réunion.
  • Un viaduc à Fonds Lahaye (Schoelcher) : un concours de maîtrise d’oeuvre a été lancé en 2017.